Savoir faire du parfum avec Grasse

Grasse est devenue depuis des siècles la capitale mondiale du parfum.

Perchée sur une colline ensoleillée, Grasse est une cité emblématique où il fait bon de flâner mais aussi de flairer les nouveautés parfumées. Cette petite ville du sud de la France s’est faite connaître il y a bien longtemps pour un savoir-faire qui se transmet aujourd’hui de génération en génération. De la fleur à la composition, Grasse possède un véritable patrimoine vivant, héritage d’un artisanat qui continue de se développer. Poussons les portes de la capitale mondiale du parfum pour en découvrir tous ses secrets !

Un carrefour commercial

Derrière ses rues pittoresques qui mêlent le charme des villes provençales aux inspirations architecturales génoises, Grasse existe depuis plus d’un millénaire. Dès la fin du XIIème siècle la cité se libère du régime féodal et sera dirigée par un consul d’aristocrates. Devenue très puissante, la ville signe un traité politique et commercial avec la ville de Gênes, un des ports commerciaux les plus importants de la Méditerranée, puis avec Pise. Elle exporte et importe alors du vin, du bétail et du blé mais aussi du cuir, des peaux brutes ou tannées.

La ville est localisée à une position stratégique sur le chemin entre les Alpes et la mer, et celui de l’Italie à Nice. C’est ainsi que Grasse va très vite devenir le centre d’un commerce florissant. Elle tire sa richesse de ses sols et d’un climat favorisant la culture de diverses fleurs, de fruits et des oliviers. Le tannage devient également une nouvelle industrie pionnière. L’exploitation et le traitement des peaux se fait facilement grâce au torrent de la Foux. Aujourd’hui recouvert, il traversait la ville et servait au lavage des peaux. En 1481, Grasse entre dans le royaume de France, au summum de sa puissance et de sa richesse.

Grasse et le parfum : l’histoire d’un artisanat

Grasse ou Montpellier ?

Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire du Parfum, Grasse n’est pas la seule à ville figurer sur la carte. Montpellier a elle aussi joué un rôle important. En effet, Montpellier accueille en 1220 la première Faculté de Médecine d’Europe et la plus ancienne en activité au monde. L’école a ainsi vu étudier dans ses classes de brillants médecins comme Nostradamus ou encore Rabelais. Un autre élève, Arnaud de Villeneuve, lui aussi particulièrement érudit, est diplômé à Montpellier. Grâce à ses voyages en Orient et à Cordoue, il fait des découvertes sur la distillation. Le chimiste a ainsi beaucoup travaillé sur la distillation de l’alcool et des eaux florales, à l’époque utilisés comme remèdes. Il ouvre la voie à de nouvelles applications pharmaceutiques et cosmétiques et fabrique les premières huiles essentielles.

À la fin du Moyen-Âge, les apothicaires de Montpellier utilisent du romarin, du jasmin, de la poudre d’iris et de nombreuses épices, de l’ambre ou encore du santal, importés d’Orient. La ville profite également d’une incroyable richesse de plantes aromatiques, cultivées notamment dans son Jardin des Plantes, le plus ancien jardin botanique de France. À partir du XVIème siècle, Montpellier et Grasse font office de centres de la parfumerie. Mais le climat rude et trop pluvieux de Montpellier ne permet pas de produire les substances végétales nécessaires. Grasse deviendra donc la seule figure de proue de la parfumerie.

Du cuir aux parfums

La ville de Grasse sera spécialisée dans l’activité du tannage pendant plusieurs siècles. Ses cuirs finiront même par acquérir une réputation de grande qualité auprès de la noblesse européenne. Mais malgré cela, l’odeur du cuir reste fortement désagréable car on utilise souvent de l’urine voire des excréments pour tanner les peaux. Pour contrer ce problème, l’artisan grassois Molinard a l’idée de créer des gants parfumés en utilisant les fleurs et les aromates de son environnement. Cette nouvelle trouvaille se répand partout à la Cour de France et Grasse devient le nouveau berceau de l’art du parfum, détrônant Montpellier. C’est la grande époque des Gantiers-Parfumeurs dont on vous raconte toute l’histoire ici. L’industrie du tannage décline et la parfumerie s’affranchie du cuir. Le parfum devient une véritable activité à part entière dès la fin du XVIIème siècle.

Une terre fertile

Les terres de garrigue et de maquis sont particulièrement favorables à la culture de végétaux propices au commerce naissant du parfum. Face à une demande importante, les paysans grassois commencent à distiller eux-mêmes le fruit de leurs cultures. Ils revendent ces essences pour compléter leurs revenus. Différents végétaux sont cultivés comme l’oranger, la lavande, le myrte ou encore l’arbuste du lentisque pistachier. Grâce à l’ouverture des routes commerciales vers l’Inde et le reste de l’Europe, de nouvelles plantes sont importées à Grasse. C’est le cas du jasmin, de la tubéreuse et de la rose, encore aujourd’hui présents dans la ville. Peu à peu, les paysans deviennent des parfumeurs et leur savoir-faire est dès lors renommé.

La ville est entourée de champs de fleurs à perte de vue et le nombre de maisons de parfumeurs explose. Des nez sont formés pour sélectionner et assembler les meilleures matières premières afin d’en faire des parfums. Malgré une concurrence mondiale toujours plus importante, les parfumeurs de Grasse s’allient en coopérative pour faire perdurer la tradition.

Le savoir-faire grassois

Depuis l’époque du tannage, Grasse est restée un poids lourd de l’économie du parfum. Les entreprises de cette région représentent 10%* du chiffre d’affaires mondial des senteurs et des arômes. L’artisanat et le savoir-faire autour des parfums se partage dans trois domaines : la culture de plantes à parfum, la sélection et la transformation des matières premières naturelles et la composition des fragrances.

La culture des plantes à parfum

Entre le début des Alpes du Sud et la Méditerranée, les terres de la région grassoises sont fertiles. Chargé en argile qui lui permet de conserver de la fraîcheur, ce sol permet de cultiver différentes plantes à parfum. On compte parmi ces fleurs la rose de mai ou la rose Centifolia qui est devenue l’emblème de Grasse. La tubéreuse, la violette, l’iris ou encore le jasmin sont elles aussi cultivées dans ces champs. Certaines d’entre elles sont tellement fragiles qu’elles doivent être traitées directement après leur cueillette. C’est pour cela que ces champs sont localisés étroitement aux alentours de Grasse, là où se trouvent les usines des producteurs. Les propriétés des sols sont différentes selon les secteurs et les producteurs ont donc dû s’adapter. Ces fleurs d’exception s’épanouissent sur des bandes de terrain appelées « zone extrême ». Cela signifie qu’au-delà de ces emplacements elles ne pourraient plus fleurir.

Cette culture requiert un savoir-faire et des connaissances précises. Les producteurs de ces précieux végétaux sont à la fois agriculteur, botaniste et parfois même météorologue ! Grasse fournit aussi à l’industrie de la parfumerie, pharmaceutique et cosmétique des plantes « sauvages ». On les retrouve dans les collines environnantes, telles que le mimosa, le genêt, la lavande et bien d’autres.

La transformation et la composition

Une fois les fleurs cueillies et les autres matières premières naturelles importées, les producteurs passent à la seconde étape de l’élaboration d’un parfum : la transformation. L’objectif de ce processus est de capturer les essences odorantes des végétaux. Pour ce faire, les usines développent des méthodes artisanales ou industrielles. Pour connaître en détail les différentes techniques de fabrication du parfum, rendez-vous dans notre article détaillé ici.

Lorsque les concrètes et autres huiles essentielles sont prêtes, c’est au tour des nez de rentrer en jeu. Ce sont eux qui construisent l’architecture olfactive d’une composition. Ils assemblent les différentes matières premières pour créer la fragrance voulue. Le nez suit ainsi la fleur depuis sa naissance, durant sa culture et sa transformation. Il pourra alors la mettre en valeur dans le mélange parfumé. Et à Grasse, des institutions plus ou moins anciennes se donnent pour mission de transmettre ce savoir-faire, même si la passation familiale est largement répandue.

Un artisanat enfin reconnu

Depuis le mois de novembre 2018 et après une dizaine d’années de procédure, le patrimoine mondial de l’humanité à l’Unesco reconnaît l’artisanat du parfum à Grasse. Ce savoir-faire est désormais inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Il est détaillé en trois aspects selon l’Unesco : « La culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières et leur transformation et l’art de composer le parfum ». Le peuple grassois se réjouit de la reconnaissance mondiale d’une tradition vieille de plusieurs siècles. Une résonance accrue qui permettra de préserver encore plus ces terres et ce savoir-faire.

Et pour continuer de perpétuer cet héritage grassois, Carrément Belle s’est naturellement tournée vers ce rocher provençal pour travailler aux côtés de nez aguerris et garantir une fabrication made in France. Et cela nous a permis, depuis plus de 30 ans, d’offrir à nos fragrances les meilleures sélections de matières premières naturelles.

Vous connaissiez sûrement déjà la capitale mondiale du parfum, mais saviez-vous que cet art était une véritable tradition depuis des siècles ?

*Les Échos – Parfum : Grasse candidate au patrimoine de l’humanité – 22 novembre 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *