L’interview inspirée : le métier de nez

Claire, ancienne parfumeuse de Carrément Belle, nous dévoile les secrets du métier de nez

Nous l’avons vu il y a quelques semaines, la création d’une fragrance est un processus long et délicat, de l’inspiration jusqu’au jus qui coule dans vos flacons. Pour mener à bien ce travail et créer le parfum qui titillera votre nez, nous collaborons avec plusieurs partenaires, qui apportent chacun leur touche à la création finale. Le métier de nez, le parfumeur, est le premier à entrer en scène pour donner vie à nos inspirations…

Pendant de longues années, c’est Claire qui s’est cachée derrière nos créations. Parfumeuse à Grasse, cette amoureuse des odeurs a su sentir entre les lignes et comprendre les directions que nous voulions donner à nos fragrances. C’est donc en partie grâce à son nez aiguisé et son flair sans pareil que vous nous faites entrer dans votre rituel parfumé quotidien.

Depuis peu, Claire a décidé de suivre un nouveau chemin : d’un sens à un autre, elle a dit au revoir aux parfums pour se tourner vers la réflexologie plantaire. Un sacré pied de nez !

Notre interview parfumée

Chez Carrément Belle, l’expérience nous a prouvé que créer un parfum était avant tout une aventure humaine. Une histoire d’hommes et de femmes aux multiples savoir-faire, mais aux idées communes. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Claire, qui vous raconte son parcours et notre Carrément Belle histoire commune !

Carrément Belle : Être nez, était-ce une vocation ? 

Claire : Depuis toute petite, j’étais très attirée par les fleurs. Je les sentais, il m’arrivait même de les manger ! Et je les dessinais tout le temps. Lors des voyages de nuit, j’adorais deviner l’endroit où nous nous trouvions, juste à l’odeur. C’est comme ça ensuite que je me suis dirigée vers le métier de nez.

Quelles sont tes inspirations ?

La Nature surtout. Je suis également passionnée par les voyages. J’ai passé beaucoup de temps de mon enfance à la montagne et le voyage qui m’a le plus marqué, c’est celui où j’ai eu la chance de rester plusieurs semaines en forêt amazonienne, notamment dans le secteur de la Bolivie. Mon rêve était aussi de monter sur la Canopée pour pouvoir observer ces « cimes » inaccessibles. C’est d’ailleurs après ce fabuleux voyage que j’ai gagné le prix du meilleur jeune parfumeur décerné par la Société Française des Parfumeurs, qui regroupe différentes professions touchant à l’olfaction, et notamment le métier de nez. J’avais créé une fragrance sur le thème de l’Immortelle.

Je m’inspire aussi beaucoup de l’Art. La peinture me touche particulièrement. D’une façon plus générale tous mes sens restent en alerte, et c’est là aussi que l’inspiration naît !

Le début d’une Carrément Belle histoire

La première création de Claire pour Carrément Belle fut l'eau de parfum 555

Raconte-nous les débuts de votre collaboration avec Carrément Belle et notre première rencontre

J’ai le souvenir d’une rencontre avec Frank Jammes (le créateur de Carrément Belle). Cette rencontre fut d’ailleurs arrosée de quelques coupes de champagne. Frank m’avait alors demandé s’il était possible de créer un parfum pétillant, à l’odeur grisante de champagne !

Mais notre histoire commune a réellement commencé lors de la création du parfum 555.

Quel est ton rôle dans le processus de création d’un parfum ? À quel moment interviens-tu ?

Carrément Belle nous adresse tout d’abord son brief olfactif. Nous discutons alors ensemble (la société en charge de la création du parfum et l’équipe Carrément Belle) des différentes informations du brief, mais aussi avec l’évaluateur. L’évaluateur est un expert olfactif. C’est une personne qui m’accompagne durant tout le processus de création : il me conseille et m’oriente sur les différents choix olfactifs, en fonction de la demande du client. Il vérifie aussi que le parfum que nous sommes en train de créer est bien abouti en termes technique et esthétique. Le métier de nez et celui d’évaluateur sont donc très proches, et surtout complémentaires. L’évaluateur a une connaissance plus poussée du marché et de notre bibliothèque d’odeurs. Le commercial apporte lui aussi son expertise grâce à une très bonne connaissance du client.

C’est donc un travail à 6 mains… et deux nez ! Lors de la création d’un parfum, le travail d’équipe est très important, tout en gardant un espace de liberté pour créer.

As-tu un rituel, une méthode de travail que tu appliques pour chaque création ?

Je n’ai pas vraiment de rituel. J’essaie de concrétiser vraiment la demande. C’est une chance de travailler en direct avec les personnes pour capter au mieux le visible et l’invisible. J’aime y greffer une dimension émotionnelle, la fameuse note que l’on cherche tous, celle qui vous fait partir ailleurs… avec le sourire !

Comment parviens-tu à retranscrire des mots, une inspiration ou un souvenir dans un parfum ?

C’est très subjectif, chacun sent et ressent les choses, les matières et les odeurs différemment.

Pendant la phase d’apprentissage du métier de nez, nous passons des heures à décrire chaque matière première, d’un point de vue technique mais aussi avec tout ce qu’elle nous évoque dans nos souvenirs, nos perceptions… À nous ensuite de trouver l’harmonie et de créer de nouveaux accords, avec cette connaissance et notre imaginaire créatif, qui s’ajoute bien sûr à la partie technique.

Quelle est ta signature olfactive ?

C’est difficile à dire lorsque nous parlons de nous. Je pense qu’il y a une certaine douceur en fond que je ne saurais expliquer. J’aime beaucoup utiliser l’iris, les muscs, le ciste labdanum et le benjoin.

Concrètement, comment se déroule la sélection et l’assemblage des matières premières ?

Avec Carrément Belle, cela va assez loin car l’équipe connaît déjà bien les matières premières, leurs propriétés et la façon de les assembler. Ils ont déjà des souhaits assez précis concernant les matières premières qu’ils aiment et qu’ils veulent voir intégrer au parfum. Cela nous guide aussi dans l’orientation à donner à la création.

Quelle est ta Carrément Belle fragrance préférée ? Celle que tu as pris le plus de plaisir à créer ?

Je dirais 555. Peut-être parce que c’était notre première création commune et que ça s’est fait vraiment rapidement. Comme si nous nous étions compris d’instinct, une inspiration partagée.

Sais-tu combien de parfums tu as créé durant ton métier de nez ?

Honnêtement non. Ce que je retiens vraiment de cette partie de ma vie, et ce que j’adore, c’est l’aspect créatif. Le processus se fait tout seul ensuite !

En tant que parfumeuse, qu’est-ce qui fait que l’on s’attache à un parfum en particulier ? As-tu déjà dû te résoudre à concevoir un parfum dans lequel tu ne retrouvais pas ?

Il y a des fois où la magie opère vite, même si cela dépend des personnes aussi. Quand ce moment arrive, vous faites « ouahh », le parfum vous donne la chair de poule. C’est ça, cette émotion là que je cherche à donner à chacune de mes créations.

Et effectivement il arrive parfois que sur d’autres projets, vous ayez plus de mal à discerner les orientations, il est donc plus difficile de « rentrer dedans ». Parfois il vous manque des clés de compréhension, mais aussi du temps, cela arrive mais ça fait partie du jeu.

Quand on passe sa journée à créer des parfums, peut-on en porter un au quotidien ?

Cela dépend des gens encore une fois. Personnellement je n’y arrive pas ! Mon odorat sature trop vite.

Parmi les différents sens, quelle place accordes-tu à l’odorat ?

J’aime les sens en général et leur façon de guider nos émotions. J’aime bien sûr particulièrement l’odorat par son côté « instinctif », primaire. J’adore par exemple découvrir un vin en commençant par le sentir, et laisser les arômes se dévoiler à mon nez.

Vous l’aurez compris, j’aime aussi les plaisirs de la table ! Les narines et les papilles sont aux aguets !

Passer de parfumeuse à réflexologue plantaire, c’est assez original !

Effectivement ! Pour le coup, l’univers change totalement mais dans ce nouveau métier c’est un autre sens qui est mis en avant. Ici le toucher a toute son importance, bien que les autres sens interviennent aussi.

Avant de changer de carrière, j’avais d’abord pensé à travailler avec le vin et les pieds de vigne. Et puis finalement ce sont d’autres pieds qui sont venus à moi ! Ce que j’aime c’est le contact avec l’autre, l’humain y prend toute sa dimension.

À première vue, la réflexologie et la parfumerie paraissent être deux univers bien éloignés : niveau odeur, le pied c’est si terrible que ça ? Ça sent quoi d’ailleurs, un pied ?

Nous ne résonnons pas de cette façon en réflexologie. On ne dit pas catégoriquement que le pied sent bon ou mauvais. En fait, l’odeur du pied nous délivre une information, que nous utilisons ensuite pour entamer un travail. Par exemple, si les pieds sentent le fromage ou le cacao, nous pourrons chercher une sensibilité dans la zone des reins et aider la personne pour qu’elle retrouve un équilibre dans son corps.

Le portrait chinois de Claire

Si tu étais…

  • Un souvenir parfumé d’enfance : une botte de foin
  • Une fleur / un végétal : une rose d’Atacama
  • Une matière première de la parfumerie : l’iris, l’ambrette, la baie rose, l’encens, le benjoin… Impossible de n’en choisir qu’une !
  • Une partie du corps : le bout du nez, et oui encore lui finalement !
  • Une odeur : fugace et surprenante, peut-être pas encore sentie
  • Une famille olfactive : douce et texturée (ça peut paraître paradoxal par rapport à la question précédente). Mais cette famille n’est pas encore homologuée !
  • Naturel, synthèse ou les deux ? J’aime particulièrement sélectionner et travailler les ingrédients naturels

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