10 expressions pour se mettre au parfum

10 expressions qui font la part belle à notre nez

Aujourd’hui nous vous proposons une leçon de français assez particulière, à la découverte des expressions qui font la part belle à notre appendice préféré, notre nez ! Et comme le nez au milieu de la figure, ces métaphores se retrouvent couramment au milieu de nos phrases, sans que l’on y prête attention. Mais d’où viennent-elles ? Quelles sont leurs origines ? Nous décortiquons ensemble 10 expressions qui en disent long sur notre nez… Entre rhétorique et pure logique, plongez le nez dans notre dictionnaire parfumé !

1. Ça cocotte / Cocotter / Sentir la cocotte

Tu as vidé ta bouteille de parfum ce matin ? Là, tu cocottes !

Sentir la cocotte, généralement ce n’est pas bon signe ! Cette expression signifie que l’odeur ressentie n’est pas agréable, voire même que ça sent clairement mauvais. Cette locution est désormais généralement utilisée pour désigner un parfum bon marché, de qualité médiocre, qui aurait été vaporisé trop lourdement.

Nous vous parlions de cette métaphore ici, apparue au début du XXe siècle. Le terme « cocotte », loin du gallinacé que l’on appelle ainsi affectueusement, faisait référence à des femmes aux mœurs légères. Ces demi-mondaines s’aspergeaient alors copieusement de fragrances entêtantes, notamment d’essence de patchouli de piètre qualité. Parfum sensuel par excellence, elles l’utilisaient comme arme de séduction pour attirer les faveurs des hommes aux porte-monnaie bien remplis.

2. (Se faire) mener par le bout du nez

“Elle entend nous mener tous par le bout du nez, je vous en préviens.”

Les Misérables, Victor Hugo

Lorsque que quelqu’un vous mène par le bout du nez, cela évoque une influence absolue, un rapport de force d’une personne sur une autre, mais surtout une domination psychologique. Le geste de tirer quelqu’un par le nez pour le conduire où bon vous semble a ainsi élargi son sens pour passer de la domination physique à celle de l’esprit, tout en conservant cette image. L’expression signifie alors que l’on peut vous faire croire ou faire n’importe quoi.

L’apparition de cette expression remonte au XVIIIe siècle, dans le “Dictionnaire étymologique de la langue françoise” sous le terme NEZ. Dans cet ouvrage, on retrouve l’analogie avec l’animal sur lequel on monte pour se faire conduire et auquel on attache une chaîne dans le nez pour le guider. Comme explication, l’auteur cite une phrase grecque : « parlant d’un imbécile qui se laisse conduire par autrui, comme nous voyons que l’on conduit les buffles & les ours en leur passant une chaîne au museau ».

3. Avoir quelqu’un dans le nez / Ne pas sentir quelqu’un

Lui je ne peux pas me le piffer, je l’ai vraiment dans le nez !

Cette expression signifie que l’on n’apprécie pas quelqu’un, et même que l’on a de grandes difficultés à supporter sa présence. Lorsque l’on n’aime pas une personne, on dit également qu’on ne peut pas la sentir, ou qu’on ne peut pas la « piffer » (ou piffrer selon les préférences) provenant du pif, qui signifie nez en argot. La métaphore est donc péjorative et exprime une idée de mépris, comme beaucoup de locutions françaises qui emploient d’autres parties du corps : avoir une dent contre quelqu’un, tourner le dos…

À priori, difficile de faire rentrer une personne dans son nez, même si celui-ci avoisine la taille du cap ou de la péninsule. Comment peut-on alors avoir quelqu’un dans le nez ? Il est complexe de retracer l’origine de l’expression et de dater sa première apparition. En tout cas, cette locution laisse entendre que, plus que l’individu en question, c’est son odeur qui nous reste dans le nez. Une odeur dont on ne parvient pas à se débarrasser, et qui nous est insupportable.

4. Être au parfum

Pour ne pas avoir l’air idiot, je faisais semblant d’être au parfum.

Chère aux vieux films de gangsters et aux romans policiers, l’expression « mettre au parfum » signifie placer quelqu’un dans la confidence, lui donner un renseignement précieux. Le terme parfum fait ici allusion au flair qui permet de suivre une piste. Il s’agit donc d’une information secrète.

Durant l’époque de la Renaissance, les boutiques des parfumeurs fleurissent dans toute l’Europe. Toute la bourgeoisie féminine s’y presse, à l’affût des précieuses compositions mais aussi des dernières nouvelles échangées au creux de l’oreille. L’expression prendrait donc son origine ici. Mais celle-ci sera popularisée bien plus tard dans les années 1960, durant le procès Ben Barka, lorsque l’un des protagonistes déclara à plusieurs reprises « Foccart est au parfum ». L’expression reprise de nombreuses fois par les médias, tombera finalement dans le langage courant.

5. Un pied de nez

C’est un sacré pied de nez !

Un pied de nez, c’est une grimace que font souvent les enfants. Pour la réaliser, rien de très compliqué, on appuie son pouce sur le nez et on accroche l’autre main sur le petit doigt de la première, en finissant par agiter les doigts (vous pouvez même y ajouter un « nanananère » ou un tirage de langue !). En faisant un pied de nez, on montre son détachement et on se moque ouvertement de son interlocuteur.

Apparue au XVIIIe siècle, l’expression provient du pied, l’unité de mesure utilisée à l’époque. Les deux mains mises bout à bout représentent environ 30 centimètres, soit l’équivalent d’un pied. La locution sera finalement rendue populaire en France par Victor Hugo qui décrivit dans Les Misérables un petit garçon faisant un pied de nez à un curé.

6. Les doigts dans le nez

J’ai réussi les doigts dans le nez !

Cette expression est tellement imagée, qu’il n’est pas difficile d’en comprendre le sens ! Faire quelque chose les doigts dans le nez signifie que la tâche ne nous demande pas d’effort particulier et qu’on peut l’accomplir avec une facilité déconcertante. L’expression renvoie également à l’insouciance des enfants, qui n’éprouvent aucune gêne à mettre allègrement leurs doigts dans leurs nez.

La locution n’est apparue qu’assez récemment dans la langue française. On la retrouve pour la première fois en 1912, dans le Dictionnaire des argots français de Gaston Esnault. Celle-ci serait apparue au début du XXe siècle, dans le milieu des courses hippiques. On dira alors que le jockey est arrivé premier les doigts dans le nez. Une façon imagée de symboliser la grande facilité avec laquelle il a remporté la course : comme s’il n’avait eu besoin que d’une seule main pour tenir les rênes, laissant les doigts de l’autre vaquer à leurs occupations !

7. À vue de nez

À vue de nez, il a 25 ans.

Pour faire simple, on peut résumer cette expression par « à mon avis ». On ne le dira jamais assez, notre nez est un formidable outil : pour sentir le danger, se rappeler des souvenirs heureux et bien sûr profiter de nos parfums préférés. Mais le nez nous sert aussi à mesurer, de façon plus moins précise, des choses diverses et variées… Évaluer à vue de nez consiste donc à donner son avis sur quelque chose de mesurable. On pourra alors juger au « pifomètre », cet instrument de mesure propre à chacun !

Pour comprendre cette expression, il faut relier l’utilisation du nez au flair. Flairer un danger c’est sentir que quelque chose approche, sans connaître réellement le moment où il va nous tomber dessus. L’expression renvoie ainsi à une notion d’incertitude mais aussi d’instinct.

8. Tirer les vers du nez

Le témoin ne veut rien nous dire, il va falloir lui tirer les vers du nez.

Tirer les vers du nez de quelqu’un implique de le faire parler sur un sujet qu’il n’avait a priori pas envie d’aborder. Quand on tire les vers du nez, on extirpe adroitement des informations d’une personne en la soumettant à un interrogatoire.

Mais alors que viennent faire ces asticots dans notre nez ? Pour comprendre l’origine de cette expression il faut remonter au XVe siècle (et avoir le cœur bien accroché). À cette époque, il était courant d’avoir des « vers rinaires », des parasites qui se logeaient dans le nez, et conduisaient à la folie. Toutefois, beaucoup de malades éprouvaient de la honte à en informer leur médecin, qui devait alors les soumettre à un interrogatoire pour les faire parler. On disait donc qu’il leur tirait les vers du nez, au sens propre comme au figuré ! En anglais, on utilise l’expression to worm a secret out of somebody, le terme worm se traduit par ver de terre. Signe que ces petits parasites sévissaient aussi chez nos amis anglais…

9. Avoir le nez creux / Avoir du nez

Si tu as un doute, demande lui conseil : elle a du nez pour ces choses-là.

Avoir du nez, qu’il soit creux ou fin, c’est être perspicace. Encore une fois, le nez renvoie à la notion de flair et d’intuition pour présager justement des événements à venir. Quand le nez est creux, cela signifie que l’appendice est suffisamment dégagé pour que le flair fonctionne. La finesse du nez évoque quant à elle une grande précision dans le jugement.

Cette expression et ses variantes tirent leurs origines du XVIe siècle, lorsque la pratique de la chasse à courre était répandue. Le chien utilise son flair et donc son nez pour trouver les proies et les suivre grâce à leurs traces olfactives. Du chien à l’homme, l’expression a évolué au fil des siècles pour désigner quelqu’un qui est capable de deviner les choses et flairer les bonnes affaires.

10. Ça lui pend au nez

S’il continue, des mauvaises surprises lui pendent au nez

Quand quelque chose vous pend au nez, ce n’est jamais très positif. Cette expression signifie qu’un danger risque fort de se produire si vous continuez ainsi et ne remédiez pas à la situation. Dans son sens littéral, ce qui pend au nez, c’est la goutte qui risque fortement de tomber, à moins de rapidement se moucher. Vous êtes sauvé, le malheur peut donc être évité !

Cette locution est l’une des plus anciennes puisque selon les interprétations, elle pourrait remonter au XIIe siècle. À l’époque, on la retrouve sous cette forme : « pendre devant le nez ». Pendre quelque chose, c’est tout simplement l’accrocher par le haut. Ainsi, l’expression évoque l’image de quelqu’un qui avance sans regarder ce qui est pendu devant lui, avec de fortes chances de s’y cogner. Mais ici le danger est devant notre nez, il ne l’a pas encore touché, il est donc toujours possible de l’éviter. Au fil du temps, l’expression a légèrement évolué mais le sens est resté identique.

Cette liste est loin d’être exhaustive et il existe de nombreuses autres expressions qui mettent en scène notre nez et le sens de l’odorat… En connaissez-vous ?


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