Reformulation des parfums : l’avenir de notre patrimoine olfactif

La reformulation en parfumerie est enjeu majeur qui a un impact sur notre patrimoine olfactif.

Face à l’interdiction d’utiliser de plus en plus d’ingrédients et à la difficulté de se procurer certaines matières naturelles, les parfumeurs doivent très souvent procéder à la reformulation de leurs compositions. Mais que cela signifie-t-il réellement ? Comment les nez procèdent-ils à ces changements, et surtout quels sont vraiment les enjeux pour notre patrimoine olfactif ? On vous donne quelques éléments de réponse.

La reformulation en parfumerie, c’est quoi ?

La carte d’identité olfactive d’une fragrance réside dans sa formule. Il s’agit en réalité de la liste des ingrédients contenus dans le parfum, et le dosage de chacun de ces composés. Pour créer une composition, les nez établissent donc une première formule qui sera testée, modifiée, puis re-tester avant d’être validée. Une fois la formule finale élaborée, c’est sur cette liste que les parfumeurs vont se baser pour produire et commercialiser leur fragrance à plus grande échelle.

La formule, c’est donc ce qui garantit que le jus soit toujours le même entre deux flacons d’une même essence. Mais il arrive parfois que les créateurs de fragrance doivent reformuler une composition. Dans ces cas-là, il faut ajuster/supprimer/modifier un ou plusieurs ingrédients. Une reformulation implique bien souvent la révision générale du parfum car toutes les matières qu’il contient interagissent entre elles. La reformulation est une étape clé pour retrouver un nouvel équilibre olfactif.

Pour quelles raisons doit-on reformuler un parfum ?

L’impact de la réglementation

La raison principale qui pousse les parfumeurs à toucher à la formule d’une fragrance vient de la réglementation. Tous les protagonistes de l’industrie du parfum, des grandes sociétés de composition jusqu’au parfumeur indépendant, suivent les directives imposées par l’IFRA (International Fragrance Association). Cet organisme dévoile chaque année de nouveaux amendements basés sur des données scientifiques. Ainsi, l’IFRA publie des nouveaux standards à respecter qui vont limiter voire carrément interdire l’utilisation de certaines matières premières dans les parfums. Ces directives sont créées pour garantir la sécurité des consommateurs en limitant les allergènes par exemple, ou pour préserver des ingrédients naturels. L’IFRA a ainsi interdit l’utilisation des ingrédients d’origine animale dans les années 80. Plus récemment, l’utilisation de la mousse de chêne a été totalement bannie dans sa version naturelle, considérée comme potentiellement allergisante.

Les difficultés d’approvisionnement

Il arrive aussi qu’une reformulation intervienne à cause de la pénurie d’un ingrédient. De nombreux parfumeurs se souviennent de la crise du patchouli au début des années 2000 qui avait forcé certains à reformuler à la hâte faute de pouvoir se procurer la précieuse essence. Une crise climatique, économique ou même politique peut donc vite mettre à mal l’approvisionnent d’un ingrédient. Ainsi il y a quelques années, de fortes pluies en Afrique du Nord avaient affaiblit la production des bigaradiers quand une sècheresse en Égypte avait eu de lourdes conséquences sur la récolte des géraniums. Pour éviter ce genre de situation, de plus en plus de producteurs de matières premières naturelles se tournent vers une gestion plus raisonnée de leur culture et de leur stock.

La reformulation d’un parfum : un exercice pas si simple

Casse-tête créatif

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne suffit pas d’enlever un ingrédient pour le remplacer par un substitut de la même odeur quand on doit reformuler une fragrance. L’exercice est beaucoup plus complexe, à tel point qu’il fait maintenant partie intégrante de la formation d’un nez. Lors d’une reformulation, le but est d’obtenir le même résultat, en changeant les ingrédients. Tout l’enjeu est donc de changer la formule, sans changer l’odeur. La reformulation ne doit pas non plus avoir d’impact sur le coût final du concentré. Par exemple, les substituts du lilal, la molécule à l’odeur de muguet qui a été interdite par l’IFRA en 2015, peuvent coûter jusqu’à 2 fois plus cher ! Plus qu’un simple changement, la reformulation exige donc beaucoup d’ajustement et de connaître sa palette d’ingrédients et les propriétés de chacun d’entre eux sur le bout du nez.

Les étapes de la reformulation

Concrètement, lorsqu’un durcissement de la réglementation vient d’être publié, les sociétés de composition, celles qui possèdent généralement les formules, alertent les marques de l’obligation d’opérer des changements. Le parfumeur va alors utiliser la dernière formule commercialisée comme une base. Le plus souvent, la première étape consiste à remplacer l’ingrédient problématique par un autre. Mais le pari est plutôt risqué puisque chaque matière, naturelle ou synthétique, possède ses propres caractéristiques et notamment un temps d’évaporation particulier. Si le substitut s’évapore plus vite ou plus lentement, l’équilibre olfactif de la fragrance ne sera plus le même. Il est donc quasiment impossible de trouver un ingrédient équivalent à 100%.

Il faudra alors bien souvent reprendre la formule dans sa globalité. Quand un ingrédient doit disparaitre d’une formule, le nez répertorie toutes les molécules odorantes et les différents assemblages de matières qui peuvent lui permettre de reconstituer l’odeur souhaitée. Ce travail de fourmi peut prendre quelques mois jusqu’à plusieurs années.

La reformulation d’un parfum : un sujet tabou

Depuis les années 80, époque de la disparition des notes animales naturelles, les reformulations des fragrances sont de plus en plus courantes. Mais au début, pour vite se mettre en règle et éviter les ruptures de commercialisation, le travail de reformulation s’est fait (trop) rapidement. Les consommateurs ne retrouvaient plus vraiment l’odeur de leur parfum adoré, ils ont perdu confiance. Ces changements n’ont jamais été vraiment expliqués par les marques, déroutant souvent les clients. La reformulation d’un parfum est donc un enjeu commercial crucial car même aujourd’hui, le sujet reste toujours délicat à aborder.

La question se pose également du point de vue de notre patrimoine olfactif. Avec le durcissement de la réglementation et la disparition de certaines matières premières, on peut se demander si les fragrances ne vont pas finir par toutes se ressembler dans des dizaines d’années. La reformulation nous pousse aussi à nous questionner sur l’avenir des grands classiques de la parfumerie.

Connaissiez-vous l’exercice de reformulation en parfumerie ?


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