Histoire du Parfum : le Moyen-Âge

Parfum au Moyen-Âge : découvrez comment les aromates et autres senteurs étaient utilisées à l'époque médiévale...

Nous avons déjà exploré les origines du Parfum à travers un voyage dans l’Antiquité jusque dans l’Empire Romain. Pour continuer notre série d’articles sur l’histoire du Parfum, nous posons cette fois nos valises à l’époque médiévale. Malgré un recul certain par rapport à la profusion de fragrances de la Rome Antique, cette nouvelle ère va donner vie à des rituels parfumés inédits. Départ immédiat pour un retour dans le temps afin de comprendre comment était utilisé le parfum au Moyen-Âge.

Le parfum au Moyen-Âge : un synonyme de frivolité

Après l’invasion de l’Empire Romain en 410 par les Goths, Rome est pillée et considérablement affaiblie. L’Empire finit par sombrer définitivement quelques dizaines d’années plus tard. La splendeur romaine et la débauche de senteurs s’effacent du monde occidental pour renaître dans l’Empire Byzantin. Les nobles y perpétuent encore un mode de vie gréco-latin. Le parfum prend alors une place importante sous ses formes les plus raffinées. En Occident, la parfumerie devient quasiment inexistante du Ve au XIe siècle. Même les fonctions religieuses et cosmétiques du parfum, alors plébiscitées durant l’Antiquité, ne sont plus d’actualité. Ce recul de la parfumerie trouve une explication religieuse. Au Moyen-Âge, le christianisme devient la religion de référence. Très vite, les hommes d’église condamnent fermement l’utilisation profane du parfum. En effet, il est considéré comme le symbole de mœurs trop légères et de traditions païennes.

Les Gaulois ne sont donc pas des grands amateurs de produits parfumés. Pourtant ils développent des connaissances importantes en termes de botanique et de soins pharmaceutiques.

Le parfum pour soigner

Face à ces nouvelles recommandations, le parfum n’est plus un atout pour séduire mais s’utilise uniquement pour ses vertus médicinales. À l’époque, ce sont les moines qui font pousser dans les jardins des abbayes différents aromates. Ces végétaux comme la lavande, le romarin ou encore la sauge sont appelés « simples » par opposition aux remèdes complexes. Ils entrent dans la préparation de diverses compositions odorantes. Ces solutions parfumées permettaient de se protéger contre le « mauvais air » et de soigner de nombreux maux. En effet, on pensait en ces temps que les mauvaises odeurs étaient vectrices de maladies. Elles entraient dans notre corps en respirant ces effluves nauséabonds. Pharmacie et parfumerie sont donc intimement liées.

Et cette utilisation va se prouver encore plus à partir de 1347. Un bateau génois, revenant de la Mer Noire, rapporte dans ses cales la peste noire. Cette épidémie, qui ravagera plus d’un quart de la population européenne, va forger davantage la fonction thérapeutique du parfum. Car pour combattre cette pandémie, on utilise l’aromathérapie. Les médecins et autres apothicaires concoctent diverses préparations « antipestilentielles ». On s’enduit le corps de vinaigre des quatre voleurs à base de romarin, d’absinthe, de menthe et de camphre notamment. Le peuple utilise toutes sortes de méthodes de purification à base de végétaux : inhalation, fumigations ou aspersions. Laurier et romarin brûlent également dans les maisons pour purifier l’air.

Vers de nouvelles routes parfumées

Avec une forte baisse d’intérêt pour les parfums, certaines fragrances sont oubliées durant de nombreuses années. Mais les croisades menées entre 1100 et 1290 et le développement des échanges avec l’Orient ouvrent de nouvelles voies propices à des odeurs encore inconnues. Grâce à sa position stratégique au croisement du commerce maritime de toute l’Europe, Venise devient du Xe au XVe siècle, le nouvel épicentre de la parfumerie. Elle permet d’assurer un approvisionnement de plus en plus régulier et important en produits parfumés. Camphre, muscade, poivre et autres baumes transitent par cette plateforme commerciale. L’influence du monde arabe et le besoin d’hygiène contribuent alors au renouveau du parfum. C’est ainsi que peu à peu, épices et nouvelles senteurs s’introduisent de nouveau dans les habitudes des occidentaux. Des senteurs chaudes et intenses font leur apparition aux côtés des parfums floraux de l’époque, comme avec le musc, l’ambre, le bois de santal ou encore la myrrhe. En plus de nouvelles senteurs, de nouveaux rituels parfumés venus d’Orient vont eux aussi conquérir le nez de riches occidentaux.

La pomme de senteur

En 1174, le roi Baudoin de Jérusalem offre à l’Empereur Frédéric Barberousse un petit objet alors méconnu : un pommander. Cette pomme d’ambre est une sphère creuse en or ou en argent. À l’intérieur de cette « pomme de senteur », de son nom français, on insère des préparations aromatiques que l’on renforce par des substances animales, alors réputées pour leur vertus thérapeutiques, telles que le musc, l’ambre ou encore la civette. Plébiscitées par l’aristocratie et les bourgeois les plus fortunés, les pommes d’ambre se voient attribuer des vertus curatives mais aussi aphrodisiaques. La pomme de senteur est emportée partout : au cou, à la ceinture ou en bague pour à la fois marquer sa position sociale mais aussi éloigner les effluves néfastes. Le parfum du Moyen-Âge sort peu à peu de ses fonctions thérapeutiques pour devenir un signe de richesse.

L’hygiène comme préoccupation

C’est également durant cette période que le besoin d’hygiène se fait ressentir. Contrairement aux idées reçues, l’hygiène et donc le parfum deviennent des préoccupations importantes durant le Moyen-Âge. Lors des grands banquets, on propose aux convives des coupelles d’eau parfumée pour se nettoyer les mains car on mangeait avec ses doigts. Les dames les plus fortunées appréciaient déjà les parfums à la lavande et à la fleur d’oranger. Elles dissimulaient ainsi des fleurs sous leurs jupons et disposaient des coussines – des petits sachets qui cachaient du parfum en poudre – dans leur linge.

Le bain

À cette époque, le bain est aussi un rituel que chacun apprécie. Il se pratique à domicile pour les aristocrates et se donne dans de grandes cuves en métal, en pierre ou en bois, recouvertes d’un drap et dans laquelle on fait infuser des aromates. Le peuple quant à lui, se rend dans les étuves publiques qui proposent des bains chauds et aromatisés pour une somme modique. Véritable rendez-vous et lieu d’échange, hommes et femmes se mélangent pour profiter d’un moment de détente. Ce moment de plaisir pouvait même se prolonger après le bain puisque des lits à baldaquin sont à disposition des visiteurs pour se prélasser en charmante compagnie.

La fin d’un rituel

Mais à partir de 1348, les plus grands médecins de l’époque commencent à déconseiller cette pratique et en particulier les bains chauds qui ouvriraient les pores, offrant une porte ouverte à toutes les bactéries. La pression de l’Église qui condamnait ces lieux de dépravation, ajoutée aux recommandations médicales, finiront par conduire à la fermeture définitive de ces établissements au début de la Renaissance.

Le parfum au moyen age prend forme de différentes façons : dans des compositions parfumées aux aromates, cultivés dans les jardins, dans des bains aromatisés ou grâce à des pommes de senteur pour les plus aisés.
De gauche à droite, la culture de diverses plantes aromatiques, une pomme de senteur portée par un noble et l’illustration des bains publics, lieu de rencontre hauts en couleur.

L’alcool : un tournant dans la parfumerie

Grâce encore une fois à l’influence arabe, une nouvelle forme de parfumerie apparaît avec l’alambic et le serpentin, qui permettent une distillation à l’alcool. C’est à Salerne en Italie que les apothicaires testent ces techniques pour remplacer l’huile alors utilisée comme excipient du parfum. À partir du XIIe siècle, on découvre comment obtenir de l’éthanol, alors appelé esprit-de-vin. Cette période marque une étape fondamentale dans l’évolution des techniques de fabrication de parfum et ouvre la voie à une nouvelle forme de parfum à base d’alcool. Les fragrances se font plus légères et fraîches. C’est à cette époque que l’Eau de la Reine de Hongrie apparaît. Cette formule, créée à partir d’alcool et de romarin, rencontrera un succès phénoménal. Cette eau se frictionne sur tout le corps pour se protéger des infections et certains vont même jusqu’à la boire pour profiter encore plus de ses vertus extraordinaires.

Prochaine étape : la Renaissance

À la fin du Moyen-Âge, la peur de l’eau dans le rituel de la toilette s’installe et la Renaissance verra ces pratiques parfumées se modifier. L’’utilisation de vinaigres aromatiques auprès des classes les plus aisées remplace ainsi le bain. Rendez-vous dans un mois pour continuer notre voyage dans le temps et en apprendre encore plus sur l’évolution du Parfum à travers les époques !

Pensiez-vous que l’utilisation du parfum était courante à l’époque médiévale ?

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