Histoire du Parfum : le XIXème siècle

Le XIXème siècle marque un tournant dans l'histoire du parfum grâce à la synthèse et à l'évolution des moeurs.

Nous continuons notre voyage dans le temps pour explorer l’histoire du parfum. Après la frénésie qu’ont connu les parfums durant la Renaissance, l’art des fragrances va être complètement bouleversé au XIXème siècle grâce notamment à la révolution de la synthèse. Le parfum, alors utilisé comme remède, commence à s’émanciper de sa mission curative pour devenir un vrai produit d’hygiène et de beauté. De nouvelles senteurs sont créées et le parfum devient le symbole d’un raffinement typiquement parisien ! Découvrons l’évolution des fragrances à cette époque, ère marquée par de grands changements.

Le parfum face à l’Histoire

Après la Révolution, la parfumerie connaît un coup d’arrêt. À l’époque, le parfum reste très fortement associé à la cour de Louis XVI, aux fastes de la monarchie et à la richesse de la classe supérieure. Le parfum est en quelque sorte le symbole des privilèges de la haute société et la population le rejette en signe de contestation.

Les parfumeurs tentent alors de créer des fragrances aux noms suggestifs comme le Parfum de la Guillotine ou encore le parfum Nation, pour se rapprocher du peuple et dissocier l’image de la Cour de celle des fragrances. Heureusement ce désamour ne durera pas. Quelques années plus tard, une nouvelle frénésie de luxe et de plaisir s’empare de la société et Paris devient la capitale de la mode et du raffinement.

L’Empire du parfum

Le parfum revient vite au goût du jour et l’Empire l’érigera de nouveau à une place d’honneur. Cette époque marque également l’arrivée en France de la désormais célèbre Eau de Cologne, créée par Jean-Marie Farina. Cette eau fraîche et agrumée envoûte complètement le pays et la haute société, jusqu’à l’empereur lui-même. Bonaparte voue déjà une véritable passion à tous les types de parfum, qu’il utilise partout : dans le bain, sur ses vêtements, dans ses cheveux…

De la fraîcheur de l’Eau de Cologne…

L’Eau de Cologne l’inspire à tel point qu’elle deviendra son porte-bonheur. Il en buvait avant chaque bataille et pouvait en consommer jusqu’à 40 litres par mois ! Napoléon tenait à toujours apparaître sous son meilleur jour et l’hygiène et l’apparence étaient très importantes pour lui. Ainsi, il emmenait partout avec lui son nécessaire de toilette, contenant sa précieuse fragrance. D’ailleurs, Jean Marie Farina deviendra très rapidement le fournisseur officiel de l’empereur. Il ira jusqu’à créer un flacon spécial « le rouleur de l’empereur » pouvant se glisser facilement dans une botte d’officier. Lors de son exil à Sainte Hélène, Napoléon, désespéré, fabriquera lui-même un alambic pour produire sa propre Eau de Cologne.

… aux parfums opulents

Mais Napoléon 1er ne fut pas le seul a succomber aux charmes du parfum. Son épouse, l’Impératrice Joséphine, porte quant à elle des parfums à base de vanille, influencée par les odeurs de son enfance en Martinique. Elle réinstaurera ensuite la mode des parfums plus lourds et opulents, notamment à base de patchouli, de fève tonka et de bois.

C’est notamment grâce à elle que le patchouli enflamme l’Europe à cette époque. En provenance d’Indonésie, le parfum de cette plante tropicale trouve sa place dans de nouvelles compositions. On prend plaisir à porter des fragrances chyprées, boisées et orientales. Le patchouli imprègne les nez et on le retrouve partout, particulièrement grâce à la mode des châles de cachemire rapportés d’Inde et d’Indonésie… Si vous vous demandez quel lien peut exister entre le patchouli et des châles, nous vous invitons à (re)lire notre article consacré à cet ingrédient phare. Le XIXème est aussi associé aux senteurs puissantes et animales comme le musc et la civette, adoptées par les Muscadins, au style extravagant. Les épices sont également à la mode et la muscade est très en vogue. Le parfum écrit une nouvelle page de son histoire…

L’hygiène pour tous

La propreté au beau fixe

À l’aube du XIXème siècle, la parfumerie est majoritairement présente sous forme de parfums secs. On trouve des mélanges réduits en poudre, et vendus en sachets. Ils étaient destinés à être intégrés aux perruques ainsi qu’aux vêtements, pour camoufler les mauvaises odeurs des corps mal lavés. Mais sous l’influence de l’Empereur, l’hygiène et la propreté redeviennent des préoccupations essentielles auprès de toutes les classes sociales. Cette époque marquera l’histoire du parfum par une vraie révolution sanitaire ! La tendance se confirme avec la parution de nombreux traités de savoir-vivre et d’hygiène, qui vantent à nouveau les mérites de la toilette et du bain, bénéfiques pour la peau et la santé. Les bains publics ré-ouvrent et la pratique devient courante.

Les gestes élémentaires d’hygiène sont inculqués aux enfants à l’école et aux plus grands dans l’armée. La propreté redevient le facteur majeur de distinction sociale, sous l’influence de la nouvelle bourgeoisie. Le grand gagnant de cette révolution sera le savon. Même s’il est connu depuis longtemps, il connait un véritable essor au XIXème siècle.

Le parfum ne soigne plus

Le savon parfumé, les eaux de Cologne ou de lavande, les vinaigres de toilette, les lotions, les huiles, les pommades capillaires… se répandent très rapidement auprès d’une population qui a désormais accès à ces produits. Les plus privilégiés utilisent quant à eux des extraits parfumés plus concentrés, sous forme liquide. Le parfum est renvoyé à cette époque à sa seule dimension hédonique, on dissocie petit à petit dans l’imaginaire collectif la mauvaise odeur de la maladie. Il devient le signe d’une certaine propreté et de pureté, et son usage se révèle comme un accessoire de séduction.

La révolution de synthèse

Alors que la première partie du XIXème siècle est marquée par des fragrances légères, florales et douces, notamment grâce à l’Eau de Cologne, le second empire se tournera vers des senteurs plus capiteuses, aux odeurs animales. Cela est rendu possible grâce à la chimie de synthèse. C’est le siècle des grands noms, des grands parfumeurs dont certains sont parvenus jusqu’à nous.

L’apparition de la chimie organique

Dès le début du XIXème, certains chercheurs entament de nouveaux travaux en isolant des molécules olfactives intéressantes dans la nature. Les matières de synthèse apparaissent et c’est une véritable révolution pour le monde de la parfumerie. Des ingrédients de synthèse sont créés de toute pièce, sans équivalent naturel. La créativité explose et des fragrances inédites apparaissent. La coumarine, la vanilline, le musc artificiel, les aldéhydes ou encore les ionones et l’héliotropine… autant de nouveautés qui entrent désormais dans de nombreuses compositions. Ces molécules sont rapidement imposées par les grands noms de la parfumerie comme Guerlain avec son célèbre Jicky au parfum de vanilline.

Petit à petit, les prix de ces nouvelles fragrances deviennent plus abordables. Ces senteurs sont incorporées aux produits naturels, apportant de nouvelles nuances aux compositions. La parfumerie commence à se démocratiser et n’est plus réservée à une élite. La synthèse sort ses premiers atouts !

De nouvelles senteurs

L’extraction par solvants volatils fait aussi son apparition et permet d’obtenir des matières premières naturelles différentes qui multiplient les possibilités créatives pour les parfumeurs. Tous ces nouveaux produits vont être largement utilisés dans les formules avec une grande influence sur l’esthétique des parfums de cette époque. Avec l’introduction de ces matières premières qui s’éloignent de la nature, un nouveau champ d’exploration créatif s’ouvre. De nouvelles familles olfactives plus abstraites émergent alors, comme les orientaux ou les fougères. La parfumerie est un phénomène industriel dans toute l’Europe. À la fin de ce siècle, la France compte désormais 300 fabricants, 2000 détaillants et 20000 ouvriers travaillant pour cette nouvelle industrie !

Le XIXème siècle aura donc marqué un tournant significatif dans l’histoire du Parfum, entre progrès techniques et croyance populaire. Cette époque aura vu naître les débuts de la parfumerie moderne, finalement très proche de ce que nous connaissons aujourd’hui.

Connaissiez-vous l’histoire du parfum au XIXème siècle ? Pensiez-vous que la de la chimie de synthèse était apparue à cette époque ? Rendez-vous dans un mois pour continuer notre voyage parfumé…

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